Interview des directeurs de nos séjours
par Gaston Tavel, directeur artistique et pédagogique de VMSF
Nos séjours thématiques offrent aux enfants et aux
jeunes les conditions idéales pour une véritable découverte de toutes les
musiques et de tous les arts. Depuis la création de Vacances Musicales Sans
Frontières de nombreux enseignants, étudiants, musiciens et artistes sont
venus rejoindre notre projet d'association. Au-delà de tout clivage
pédagogique et de toute visée élitiste ils ont en commun le désir ardent de
transmettre leur passion, d'offrir au plus grand nombre l'aventure de la
création artistique. Pour votre information quelques directeurs de séjours
répondent à nos questions.

Dés 1994, alors que vous étiez encore étudiant en faculté
de musicologie, vous vous êtes engagé, pendant toutes vos vacances
scolaires, dans la direction de séjours musicaux organisés par notre
association. En 1996 vous avez participé à la création de nos premiers
séjours "musiques actuelles" pour les adolescents. Quelle est votre
conception de ce type de séjour ?
Fabien Picavez : La "colo rock" est un
espace-temps très particulier, dans lequel tout est mis en oeuvre pour
favoriser l'intimité la plus profonde avec la vie musicale sous toutes ses
formes : fonctionnement par projets artistiques successifs ou cumulables
impliqués dans la vie culturelle locale, rencontres artistiques (concerts de
pros, résidences, master-classes, jam session...), et proximité quotidienne
avec une équipe de musiciens engagés toujours prêts à l'expérience de la
création, de la re-création et de la découverte. Le principe de base : quel
que soit son niveau et son parcours, chacun doit pouvoir trouver des projets
dans lesquels il pourra s'impliquer et s'émouvoir.
Fabien Picavez, musicien

La pédagogie des premières découvertes de la musique pour
les plus petits est un domaine que vous connaissez bien, pourriez-vous nous
donner quelques mots-clés, votre litanie pédagogique en quelque sorte ?
Patrick Vittorelli : Prévoir
organiser proposer réagir - intéresser séduire distraire - ne pas simplifier
bêtifier - donner une tâche adaptée / mais / l'enfant n'est pas un
exécutant.
La recherche de créativité ou d'expression n'est pas forcément un objectif
de séance ; écouter et reproduire précède la recherche d'improvisation.
Privilégier la démarche au contenu, le "maintenant" au "plus tard", la
pratique au projet, le projet à court terme au grand projet à long terme.
Donner la priorité au désir de l'enfant / mais / l'enfant fait partie d'un
ensemble. On ne peut choisir opportunément que si l'on possède une
expérience, sinon, ce n'est pas choisir, c'est répondre à un coup de coeur
qui peut s'avérer décevant. Donner, donc, des modèles nombreux. Privilégier
la pratique au discours. Privilégier l'approche globale à l'approche
analytique. Ne pas négliger des oeuvres trop jouées ou trop entendues par
l'animateur, mais jamais jouée par les enfants (il est légitime pour un
pianiste débutant de vouloir jouer la Lettre à Elise).
À contrario, une musique trop complexe, trop contemporaine, peut ne
pas répondre aux attentes d'un débutant. Animer, c'est, un peu, être au
service des enfants. Cela dit, un enfant jouant dans un ensemble est un peu
au service de l'ensemble, lui aussi.
Patrick Vittorelli, professeur des écoles

Le concert de fin de séjour est une expérience
inoubliable, surtout lorsqu'il s'agit du premier concert d'un groupe de rock
dont les musiciens sont à peine plus grands que leur guitare. Pourriez-vous
nous faire partager votre expérience de direction de notre séjour "rock
school" cet été 2006 ?
Fabien Neveu : Le public était peu
nombreux ce samedi 15 juillet pour assister au concert de fin de séjour :
quelques parents qui s'étaient déplacés pour l'occasion, des inconnus
attirés par les affiches ou avertis par les messages des radios locales et
qui avaient délaissé les feux d'artifice des villages voisins... et nos
vacanciers, passant tour à tour devant ou sur la scène. Le public était peu
nombreux ce soir là... mais quelle ambiance ! Dès l'installation du premier
groupe, nos jeunes spectateurs/artistes, tels des fans devant leur rock star
d'un soir, hurlaient, tapaient des pieds, chantaient les titres répétés
pendant le séjour, encourageait leurs copains ou copines dont certain(e)s,
lors de la répétition générale, avaient versé quelques larmes, sous l'effet
du trac : "Allez Sonia ! Vas-y ! On t'aime !"... Quinze jours plus tôt,
chacun se découvrait timidement sur le quai de la gare ou autour du premier
repas ; ce samedi 15 juillet, ils étaient tous unis, gonflés à bloc, joyeux
et solidaires, partageant une même passion (naissante) : celle de la scène.
Si je dirige des séjours VMSF, c'est parce que ces vacances musicales
procurent des émotions intenses, sources d'épanouissement, où le plaisir
d'être ensemble va croissant jusqu'à atteindre un point culminant, l'ultime
concert.
Fabien Neveu, professeur des
écoles

Vous avez dirigé pendant plusieurs années nos séjours
artistiques en Italie. L'originalité de votre démarche est probablement
liée, en partie du moins, à votre désir d'échange et de rencontre avec les
jeunes Italiens, n'est-ce pas ?
Christine Berthon : Oui. J'ai essayé de
privilégier la création artistique en lien direct avec la petite ville qui
nous accueillait, de façon à s'enrichir de la double culture française et
italienne. Par exemple, en sollicitant les jeunes du village à venir
participer à nos ateliers de travail le matin et/ ou l'après-midi. Ils
apportaient leur voix, leurs chansons, ils nous aidaient dans la
prononciation ou participaient aux ateliers danse, percussions, théâtre,
orchestre ou art plastique. Cela leur permettait de comprendre notre
travail, et d'en parler autour d'eux. Cette collaboration prenait beaucoup
de sens pour nous. On se sentait plus proches les uns des autres. Les gens
du village étaient aussi très fiers de retrouver quelques uns de leurs
jeunes sur scène le soir du spectacle. En 2002 la création porta sur la vie
et l'ambiance de ce village, avec différents tableaux très humoristiques et
plein d'émotion réalisés par les jeunes. Ce jour-là, j'ai eu la certitude
que beaucoup comprenait la riche expérience humaine de ce séjour en Italie.
Christine Berthon, chanteuse,
comédienne

Vous assurez depuis plusieurs années la direction
artistique de séjours "arts du spectacle". Comment accompagnez-vous les
enfants vers la création d'un spectacle original ?
Mathilde Miranda : Monter un spectacle
avec des enfants, c'est, selon leurs âges, leurs envies et le temps dont on
dispose créer de toutes pièces une histoire, des chansons, des personnages,
un décors, ou bien leur proposer une oeuvre adaptée dans laquelle ils se
reconnaîtront tous, et dans laquelle chacun trouvera un rôle qui lui
convient. Un spectacle réussi, c'est celui que les enfants ont pris plaisir
à jouer et à monter, mais il n'y a pas de réussite sans un minimum
d'exigence de la part des adultes car je pense que de la rigueur naît la
liberté et de la qualité naît le plaisir. Les spectacles que je monte avec
les jeunes comportent toujours différentes disciplines artistiques, les
petits comédiens, s'initient, au théâtre, au chant, à la danse, à la
musique, à l'art pictural, au clown, ou au cirque. Ce métissage artistique
rend les spectacles plus riches et passionne nos petits artistes.
Mathilde Miranda, comédienne

Vous êtes musicien professionnel, mais aussi pédagogue.
Votre engagement passionné, vos nombreuses expériences de direction de
séjours rock pour les adolescents ont largement contribué à la notoriété de
VMSF dans ce domaine. Adolescence, rock, vacances, quelle relation
faites-vous aujourd'hui entre ces 3 mots ?
Henri-Joël Rio : La "culture rock"
représente un espace de contestation du "politiquement correct". Il est donc
normal, voire sain, qu'un adolescent se projette dans cet univers. Toutefois
jouer des "musiques actuelles" requiert, comme toute pratique artistique, un
réel apprentissage pour accéder au plaisir.
Mon projet de "séjour musiques actuelles" tente de réconcilier cette
"liberté d'expression ROCK'N'ROLL", tant revendiquée par les ados, avec le
travail théorique et technique nécessaire à cette dernière. C'est pourquoi
de nombreux ateliers musicaux, variés et complémentaires, sont proposés
quotidiennement durant mes séjours. L'adolescent créé son propre emploi du
temps, en fonction de sa motivation, de ses attentes et capacités.
L'équipe pédagogique a pour objectif d'encourager chaque adolescent à mener
à bien un projet personnel. Toutes les conditions sont réunies pour monter
son propre groupe, jouer en concert, mais rien ne peut se faire sans la
participation active de chacun. De fait, la notion d'investissement
personnel est bien plus au coeur de nos projets que celle de niveau
technique. Mettre en place un cadre de vie convivial favorisant le partage
et l'expression des passions reste mon objectif principal. Des VACANCES
musicales.
Henri-Joël Rio, musicien
Vous
dirigez depuis plusieurs années nos séjours thématiques "arts du spectacle".
Comment abordez-vous le recrutement de vos équipes d'animation ?
Alexis Bouvier :
À mon sens, il y a deux qualités importantes pour un animateur désirant
encadrer un séjour VMSF : la volonté de transmettre et l'ouverture artistique.
C'est pour cela que je privilégie la polyvalence et la diversité au sein de mes
équipes d'encadrement : des musiciens ouverts à l'art du clown, des danseurs
amateurs de jonglerie, ou encore des chanteurs capables d'animer des ateliers
d'écriture... Tous doivent avoir le désir de transmettre leur passion première,
la musique, la danse ou le chant, mais en plus, avoir la capacité de
sensibiliser ou d'initier les jeunes à d'autres domaines d'activités artistiques
comme le stylisme, le land art, le slam...
Alexis Bouvier, musicien

Vous êtes professeur de musique en conservatoire pendant l'année scolaire et
vous consacrez une partie de vos vacances à la direction de séjours musicaux
organisés par VMSF. Selon vous, en quoi la pratique instrumentale collective
en centre de vacances
constitue-t-elle une expérience exceptionnelle et enrichissante pour les
jeunes élèves musiciens ?
Joëlle Kruger : En séjour de vacances, les enfants arrivent avec
des bagages musicaux très différents les uns des autres : entre celui qui
joue de la guitare depuis 3 ans dans une association de quartier, celui qui
prend des cours de piano à la maison depuis 4 ans et celle qui a fait 5 ans
de violon dans un conservatoire national de région, les répertoires et le
rythme d'acquisition des morceaux sont très hétérogènes. D'autre part,
le grand point commun est très souvent qu'avant 5 ans de pratique,
les structures enseignantes ne proposent que peu voire pas de pratique
collective aux enfants, ils ont donc comme grande habitude celle de jouer en
solitaire. Ceci est d'ailleurs une incohérence car il n'existe que très peu
de morceaux pour instruments seuls. Certes, ceci n'est pas vrai pour la
guitare et le piano étant donné qu'ils sont harmoniques et polyphoniques,
c'est pourquoi les enfants qui pratiquent ces instruments sont souvent
amenés encore plus tard que les autres vers les pratiques collectives. Dans
une vision globale de l'enseignement de la musique, la pratique collective,
en particulier l'orchestre, développe chez l'enfant la capacité d'écoute et
consolide sa sensation rythmique car il est entraîné par le chef et le
groupe. Le centre de vacances est forcément un lieu privilégié pour mettre
en place un orchestre, qui développe chaque individualité au sein d'une
collectivité. Les conditions sont en effet idéales; le chef prend le temps
de connaître chacun des enfants avant les premières lectures, ce qui lui
permet d'adapter les partitions afin que tous puissent s'investir pleinement
et ne trouvent leur partie ni trop difficile ni trop facile. Les répétitions
peuvent être très régulières et tous les instruments même ceux qui ne jouent
pas traditionnellement en orchestre peuvent être intégrés. Chacun est
responsabilisé au sein du groupe : il est un élément parmi les autres mais
le morceau ne fonctionne vraiment que si tous les éléments sont réunis ; la
solidarité entre les enfants s'en trouve renforcée. Il est vrai que cela
demande de s'investir dans la préparation de cette activité mais au final le
résultat est toujours valorisant pour les enfants qui vivent souvent en
centre de vacances leurs premiers moments d'orchestre.
Joëlle Kruger, professeur de musique